J’avoue, j’ai mis un moment à me décider à écouter cet album. Pourquoi ? Peut-être par peur du changement. Après coup, je n’aurais pas dû. Disons que Gobbledigook, son clip de nudistes hippies et la pochette du CD m’avaient un peu refroidi. Après Takk...Sigur Rós s’était essayé, avec succès, à flirter avec la dream pop plus intensément que sur leurs précédents albums, je me demandais bien où le groupe voulait en venir avec ce changement de style assez marquant aperçu dans cette seule chanson.

J’ai fini par me jeter à l’eau, et Með suð í eyrum við spilum endalaust n’a pas manqué pas à la règle, la magie du groupe islandais a opéré instantanément.

Avec du recul et après une écoute plus approfondie que la première fois, au revoir l’appréhension que j’avais pour Gobbledigook, cette première chanson s’avère être un chouette morceau de folk débridé avec un petit grain de folie, à la Akron/Family, à écouter en tapant du pied en rythme, en frappant des mains et en frétillant légèrement.

D’autres surprises un peu inattendues suivent, comme Inní mér syngur vitleysingur au ton enjoué et résolument plus rock, qui n’est pas sans rappeler certains morceaux d’Arcade Fire, avec un final en fanfare, ou Við spilum endalaust et sa ligne de basse bien marquée dans laquelle on retrouve avec plaisir ces cuivres chauds en fond.

Le groupe n’en a pas pour autant perdu ses racines, et des perles comme Góðan daginn nous permettent de revenir en terrain connu, douce chanson desservie par le chant relaxant et posé de Jónsi, accompagné par les superbes cordes du quatuor d’amiina, et les délicieuses notes d’une guitare acoustique dont les délicats glissés de doigts se laissent à peine entendre. Ou encore Ára Bátur, émouvante et majestueuse avec ses chœurs aériens et ses cuivres solennels, une petite merveille.

Mention spéciale à Festival, une chanson en vonlenska comme je les affectionne, qui démarre l’air de rien sur de petites nappes sonores sur lesquelles vient se poser calmement la voix de Jónsi, puis qui à mi chemin commence à monter en puissance jusqu’à exploser superbement vers la fin, un régal.

Le CD se termine sur Straumnes et All Alright, la première faisant office d’introduction à la seconde, un morceau avec pour la première fois des paroles en anglais, calme et minimaliste, mais d’une beauté limpide et touchante à en avoir des frissons.

Sensiblement différent, sans pour autant opérer un virement radical dans le style du groupe, Með suð í eyrum við spilum endalaust s’avère être plus joyeux et enjoué que les précédents albums de Sigur Rós, peut-être moins atmosphérique et plus festif, et en cela la pochette reflète finalement plutôt bien l’album. Tout en gardant son identité, le groupe explore à petits pas de nouveaux horizons musicaux qu’il fait découvrir à ses auditeurs à sa façon : pure, naturelle, dépaysante et profondément humaine, comme à son habitude. A écouter sans plus tarder.

Tracklist:

01 - Gobbledigook
02 - Inní mér syngur vitleysingur
03 - Góðan daginn
04 - Við spilum endalaust
05 - Festival
06 - Með Suð í eyrum
07 - Ára Bátur
08 - Illgresi
09 - Fljótavík
10 - Straumnes
11 - All Alright